Les cardinaux : rôle, histoire et place dans l’Église

Les cardinaux sont les principaux conseillers du pape et les membres du collège chargé, dans certaines conditions, d’élire son successeur. Leur fonction ne se limite pourtant pas au conclave. Ils dirigent souvent un diocèse, une institution du Saint-Siège ou une mission particulière confiée par le pontife romain. Leur présence rappelle aussi le lien entre l’Église de Rome et les Églises particulières réparties dans le monde.
Le mot « cardinal » vient du latin cardo, qui signifie « pivot » ou « charnière ». Cette origine exprime une responsabilité de service : les cardinaux sont appelés à soutenir la mission de l’évêque de Rome, à participer au gouvernement de l’Église et à représenter la diversité du catholicisme. Ils ne forment pas un clergé supérieur aux autres prêtres et évêques, mais un collège doté de fonctions précises.
Qui sont les cardinaux et quelle est leur place dans l’Église catholique ?
Un cardinal est un membre du collège des cardinaux, créé par le pape pour l’aider dans la conduite de l’Église universelle. Le pape choisit librement les personnes qu’il élève à cette dignité. La plupart sont des évêques, mais le droit de l’Église prévoit qu’un homme qui n’est pas évêque puisse être nommé cardinal, à condition d’accepter cette ordination, sauf dispense accordée par le pape.
La dignité cardinalice n’est donc pas un sacrement. Elle ne confère pas un quatrième degré de l’ordre sacré et ne transforme pas un prêtre en évêque par elle-même. Elle correspond à une charge ecclésiale particulière, qui donne accès à des responsabilités et à des privilèges définis par la tradition et le droit de l’Église.
Les cardinaux sont choisis parmi des hommes connus pour leur foi, leur expérience pastorale, leur compétence théologique, leur capacité de gouvernement ou leur service auprès du Saint-Siège. Le pape peut aussi vouloir donner une place plus visible à une Église locale qui demeure peu représentée dans les instances romaines. La composition du collège reflète ainsi, au moins en partie, l’évolution géographique du catholicisme.
Chaque cardinal reçoit un titre lié à l’Église de Rome. Cette attribution rappelle l’histoire du collège cardinalice, né autour du clergé romain. Même lorsqu’il réside en Afrique, en Asie, en Amérique ou en Océanie, le cardinal demeure symboliquement rattaché au diocèse de Rome par une église titulaire ou une diaconie.
Les cardinaux portent habituellement une couleur rouge particulière dans leurs vêtements liturgiques. Cette couleur évoque la disponibilité à servir l’Église jusqu’au don de sa vie. Elle ne constitue pas un signe de pouvoir personnel : elle renvoie plutôt à une responsabilité qui comporte des devoirs pastoraux, doctrinaux et institutionnels.
À retenir : un cardinal n’est pas un « supérieur » de tous les évêques. C’est un collaborateur du pape, choisi pour exercer des responsabilités au service de l’Église universelle et, souvent, d’une Église locale.
Comment devient-on cardinal et que signifie la création d’un cardinal ?
Le pape « crée » un cardinal, selon la formule employée par l’Église, au cours d’un consistoire. Il annonce généralement son choix avant la célébration publique, puis remet aux nouveaux cardinaux les signes de leur dignité. La création est un acte pontifical : aucune élection par les évêques, aucun vote des fidèles et aucune candidature officielle ne sont nécessaires.
Le consistoire est une réunion de cardinaux convoquée par le pape. Certains consistoires servent à créer de nouveaux cardinaux, tandis que d’autres permettent d’échanger sur des questions importantes pour la vie de l’Église. Le pape peut également réunir les cardinaux pour leur demander conseil sur une réforme, une difficulté pastorale ou une situation internationale.
Lors de la cérémonie de création, le nouveau cardinal reçoit en principe plusieurs signes distinctifs. Le barrette rouge, coiffe liturgique de forme carrée, est remise par le pape. Le cardinal reçoit aussi un anneau et le titre d’une église de Rome. Ces gestes ont une portée symbolique : ils manifestent l’entrée dans une communauté de service attachée à la mission du successeur de Pierre.
La nomination ne dépend pas uniquement de l’ancienneté. Un évêque ayant dirigé un grand diocèse peut devenir cardinal, mais un archevêque d’une Église plus petite peut également être choisi. De même, un responsable de dicastère romain, un religieux engagé dans la mission ou un pasteur connu pour son attention aux personnes pauvres peut recevoir cette charge.
Le pape peut aussi nommer des cardinaux qui ne dirigent pas un diocèse. Dans ce cas, leur mission peut être liée à un service diplomatique, à une fonction dans la Curie romaine, à une œuvre théologique ou à une responsabilité pastorale particulière. La nomination indique alors que leur expérience peut aider le pape dans le gouvernement de l’Église.
La dignité cardinalice demeure généralement à vie. Un cardinal peut présenter sa renonciation à une charge administrative, quitter la direction d’un diocèse ou être relevé d’une fonction précise, mais il ne cesse pas automatiquement d’être cardinal. Le pape peut toutefois prendre des mesures canoniques exceptionnelles lorsqu’un cardinal est concerné par une faute grave ou une procédure disciplinaire.
Le nombre de cardinaux n’est pas fixe dans les faits. Les règles de l’Église ont prévu des limites pour les cardinaux électeurs, mais le pape peut créer des cardinaux dont l’âge les empêche de participer à l’élection d’un nouveau pontife. Il peut ainsi distinguer un pasteur ou un serviteur de l’Église sans modifier directement le nombre de personnes appelées à voter au conclave.
Les trois catégories traditionnelles du collège cardinalice
La tradition distingue trois ordres de cardinaux : les cardinaux-évêques, les cardinaux-prêtres et les cardinaux-diacres. Cette classification ne correspond pas exactement à leur niveau de sainteté, d’autorité pastorale ou de compétence. Elle est liée à l’organisation historique du clergé de Rome et aux titres attribués à chaque membre.
- Les cardinaux-évêques constituent l’ordre le plus élevé dans la structure traditionnelle du collège. Certains reçoivent le titre d’un diocèse suburbicaire, c’est-à-dire l’un des diocèses situés autour de Rome.
- Les cardinaux-prêtres sont généralement des évêques responsables d’un diocèse ou d’une mission importante. Ils reçoivent le titre d’une église de Rome.
- Les cardinaux-diacres sont souvent des responsables de la Curie romaine ou des évêques exerçant des fonctions auprès du Saint-Siège. Leur titre est lié à une diaconie romaine.
Dans le langage courant, les trois catégories peuvent prêter à confusion. Un cardinal-diacre n’est pas nécessairement un diacre au sens sacramentel. Il appartient à un ordre honorifique et historique du collège cardinalice, même s’il est normalement évêque dans l’exercice de son ministère.
Quelles missions les cardinaux exercent-ils auprès du pape et dans le monde ?
La première mission des cardinaux est d’aider le pape. Ils peuvent le conseiller personnellement, participer à des réunions de travail ou apporter l’expérience d’une région particulière. Leur rôle prend une forme régulière lorsqu’ils exercent une responsabilité dans la Curie romaine, mais il peut aussi s’exprimer lors de consultations ponctuelles.
Un cardinal qui dirige un diocèse reste d’abord un évêque diocésain. Il annonce l’Évangile, célèbre les sacrements, accompagne les prêtres, veille à la formation chrétienne et organise la vie pastorale de sa communauté. La couleur rouge ne remplace donc pas les tâches quotidiennes d’un évêque : visites de paroisses, écoute des fidèles, décisions administratives et attention aux personnes vulnérables continuent de faire partie de son ministère.
D’autres cardinaux travaillent à Rome dans les dicastères et les institutions du Saint-Siège. Ils peuvent s’occuper de la doctrine, de la liturgie, des évêques, du clergé, des instituts religieux, des causes des saints, de la culture ou du dialogue avec les autres religions. Leur responsabilité consiste à préparer des décisions, coordonner des services et appliquer les orientations données par le pape.
Certains cardinaux représentent le Saint-Siège dans les relations internationales. Les nonces apostoliques sont des diplomates du pape, mais ils ne sont pas tous cardinaux. Un cardinal peut néanmoins avoir une expérience diplomatique ou être envoyé comme représentant dans une mission particulière. Cette fonction demande de conjuguer fidélité à l’Église, connaissance des réalités locales et prudence dans les échanges avec les autorités civiles.
Le cardinal peut également porter une parole publique sur des questions qui concernent la vie chrétienne et la société. Il intervient alors dans les limites de sa responsabilité et en respectant l’enseignement de l’Église. Il ne parle pas automatiquement au nom du pape sur chaque sujet : une déclaration personnelle, une décision d’un dicastère et un enseignement pontifical ne possèdent pas la même portée.
Dans une Église marquée par des cultures différentes, les cardinaux servent souvent de relais entre Rome et les communautés locales. Ils font remonter les difficultés rencontrées par les fidèles, expliquent les orientations du Saint-Siège et contribuent à maintenir la communion entre des diocèses qui ne vivent pas les mêmes réalités sociales. Un cardinal d’Amazonie, d’Asie ou d’Europe peut ainsi apporter des priorités pastorales très différentes.
Cette diversité ne supprime pas les tensions. Les cardinaux peuvent avoir des sensibilités théologiques ou pastorales variées. Ils ne forment pas un groupe qui pense de manière identique, et leurs échanges peuvent être francs. Leur responsabilité consiste cependant à rechercher le bien de l’Église dans la communion avec le pape et avec les évêques.
Le cardinalat comporte aussi un devoir de témoignage. Les fidèles attendent d’un cardinal une conduite cohérente, une parole responsable et une attention aux personnes victimes d’injustice. Lorsqu’un cardinal est mis en cause, son titre ne le place pas au-dessus des procédures de l’Église ou de la justice civile. La charge ecclésiale implique au contraire une exigence accrue de vérité et de responsabilité.
Attention aux raccourcis : un cardinal n’est pas automatiquement le chef de tous les catholiques d’un pays et ne devient pas pape par succession automatique. Chaque cardinal conserve une mission déterminée, exercée dans le cadre de l’autorité du pape et de son propre ministère.

Comment les cardinaux élisent-ils le pape lors d’un conclave ?
Lorsque le siège de Rome devient vacant, les cardinaux se réunissent pour gérer les affaires nécessaires de l’Église et préparer l’élection du nouveau pape. Cette période est appelée vacance du siège apostolique. Le gouvernement ordinaire de l’Église ne continue pas exactement comme auparavant : certaines décisions importantes sont suspendues jusqu’à l’élection du successeur de Pierre.
Les cardinaux présents à Rome participent à des réunions générales, souvent appelées congrégations générales. Ils y évoquent la situation de l’Église, les besoins du monde, les questions à transmettre au futur pape et les dispositions pratiques à prendre. Ces rencontres permettent aussi aux cardinaux qui se connaissent peu de dialoguer avant l’élection.
Le conclave se tient ensuite dans un cadre réservé. Le terme vient du latin et évoque un espace fermé à clé. Les cardinaux électeurs sont isolés des pressions extérieures afin de pouvoir prier, réfléchir et voter librement. Ils prêtent serment de respecter le secret et de ne pas communiquer les détails des scrutins.
Le droit de participer à l’élection appartient aux cardinaux qui n’ont pas atteint l’âge fixé par les règles de l’Église au moment où le siège devient vacant. En pratique, les cardinaux âgés de moins de quatre-vingts ans sont les électeurs. Les cardinaux plus âgés peuvent prendre part aux échanges préparatoires, mais ils ne votent pas dans la chapelle du conclave.
Avant les scrutins, les électeurs célèbrent une messe pour demander la lumière de l’Esprit Saint. Ils se rendent ensuite dans la chapelle prévue pour l’élection. Le vote est secret et chaque cardinal inscrit le nom de la personne qu’il estime capable de devenir évêque de Rome. Un candidat peut être choisi parmi les cardinaux, mais l’Église ne limite pas juridiquement l’élection à leur seul collège.
- Les bulletins sont distribués et remplis dans le secret.
- Chaque électeur dépose son bulletin dans un récipient prévu à cet effet.
- Des scrutateurs comptent les bulletins et vérifient la régularité du vote.
- Les bulletins sont lus, puis les résultats sont consignés.
- Si personne n’atteint la majorité requise, un nouveau scrutin est organisé selon les règles en vigueur.
La fumée qui sort de la cheminée installée pour le conclave informe le public du résultat des votes. Une fumée sombre indique qu’aucune élection n’a abouti, tandis qu’une fumée blanche annonce l’élection d’un pape. Ce signal ne suffit toutefois pas à connaître immédiatement l’identité de l’élu : il faut attendre l’annonce publique depuis la loggia de la basilique Saint-Pierre.
Après l’obtention de la majorité nécessaire, le doyen du collège demande au cardinal élu s’il accepte son élection. Il lui demande également quel nom il souhaite porter. L’élu devient pape dès qu’il accepte, s’il est déjà évêque. S’il ne l’est pas, il doit recevoir l’ordination épiscopale avant de pouvoir exercer pleinement la charge d’évêque de Rome.
Le cardinal protodiacre annonce ensuite au peuple l’élection du nouveau pontife. Le pape apparaît à la fenêtre centrale de la basilique Saint-Pierre et donne sa première bénédiction. L’élection ne transforme pas les autres cardinaux en membres d’un gouvernement autour de lui : ils retrouvent leurs responsabilités habituelles, tout en devenant les collaborateurs du nouveau pape.
Pourquoi les cardinaux sont-ils liés à Rome et aux Églises locales ?
L’histoire du cardinalat commence avec le clergé de Rome. Dans les premiers siècles, les collaborateurs les plus proches de l’évêque de Rome comprenaient les prêtres responsables des titres urbains, les diacres chargés de services auprès des pauvres et de l’administration, ainsi que les évêques des diocèses voisins. Le collège cardinalice s’est progressivement organisé à partir de ces groupes.
Au Moyen Âge, les cardinaux ont pris une place croissante dans l’élection du pape. Cette évolution a réduit le rôle direct des autorités civiles et des foules romaines dans la désignation du pontife. Les règles ont changé au fil des siècles, mais l’idée demeure : l’élection du pape est confiée à un collège ecclésial rattaché à l’Église de Rome.
Le lien avec Rome reste visible dans les titres cardinalices. Un cardinal reçoit une église titulaire, comme s’il devenait membre du clergé romain. Cette pratique n’efface pas son diocèse d’origine. Elle manifeste plutôt une double appartenance : le cardinal sert une communauté locale et participe à la sollicitude de l’Église universelle autour du pape.
La dimension internationale du collège s’est renforcée avec l’expansion du catholicisme et la nomination de cardinaux issus de continents autrefois peu présents dans les instances romaines. Cette évolution permet de mieux entendre des expériences différentes : minorités chrétiennes, dialogue interreligieux, pauvreté, migrations, persécutions ou développement des jeunes Églises.
La représentation géographique ne fonctionne pas comme une règle parlementaire. Les cardinaux ne sont pas les délégués officiels de leur pays et ne votent pas selon des quotas nationaux. Le pape choisit des personnes. Toutefois, le lieu où elles exercent leur ministère peut donner au collège une image plus large des réalités vécues par les catholiques.
Pour les fidèles, le cardinal peut être une figure de proximité ou une personnalité connue à travers les médias. Dans un grand diocèse, il préside des célébrations, ordonne des prêtres et dialogue avec les responsables publics. Dans une petite communauté, il peut surtout être un signe de reconnaissance de l’action menée par une Église locale.
Le cardinalat n’est pas une récompense mondaine. Une nomination peut honorer un long service, mais elle appelle surtout une disponibilité nouvelle. Le cardinal est invité à mettre son expérience au service de la communion ecclésiale, à écouter avant de décider et à soutenir le pape dans la mission de proclamer l’Évangile.
Ce que la fonction des cardinaux ne signifie pas
- Elle ne signifie pas que le cardinal possède une autorité automatique sur les autres évêques de son pays.
- Elle ne garantit pas qu’il participera à l’élection du prochain pape, car l’âge fixé pour les électeurs peut être atteint.
- Elle ne rend pas toutes ses opinions équivalentes à un document officiel du Saint-Siège.
- Elle ne remplace pas la responsabilité propre du diocèse, de la conférence épiscopale ou du dicastère où il exerce son ministère.
- Elle ne dispense pas des obligations morales, canoniques et civiles qui s’appliquent aux autres responsables de l’Église.
Comprendre les cardinaux demande donc de tenir ensemble plusieurs dimensions : leur histoire romaine, leur rôle de conseillers du pape, leur service pastoral et leur participation possible à l’élection pontificale. Leur fonction est à la fois institutionnelle et spirituelle. Elle prend son sens lorsque l’autorité est vécue comme un service de la communion, de la vérité et de la mission chrétienne.
Questions fréquentes
Un cardinal peut-il être marié ou avoir une famille ?
Non. Les cardinaux sont normalement choisis parmi des hommes qui ont reçu le sacrement de l’ordre et qui vivent dans le célibat ecclésiastique de l’Église latine. Leur célibat n’est pas une conséquence du titre de cardinal, mais de leur état de vie comme évêques ou prêtres. Les règles peuvent différer selon les traditions catholiques orientales, qui connaissent des prêtres mariés, mais un évêque y est habituellement choisi parmi les célibataires.
Quelle différence existe entre un cardinal et un archevêque ?
Un archevêque est un évêque qui dirige généralement un archidiocèse ou possède un titre particulier lié à une province ecclésiastique. Un cardinal est un membre du collège cardinalice nommé par le pape. Les deux fonctions peuvent être réunies chez une même personne, mais ce n’est pas obligatoire : certains cardinaux travaillent à Rome et ne gouvernent pas d’archidiocèse, tandis que de nombreux archevêques ne sont pas cardinaux.
Les cardinaux doivent-ils toujours vivre à Rome ?
Non. Beaucoup de cardinaux résident dans le diocèse ou le pays où ils exercent leur ministère. Ceux qui travaillent dans la Curie romaine vivent généralement à Rome, mais les autres peuvent diriger une Église locale sur un autre continent. Ils se rendent toutefois à Rome pour certaines réunions, célébrations, consultations ou événements liés à la vie du Saint-Siège.
Pourquoi appelle-t-on parfois un cardinal « Son Éminence » ?
« Son Éminence » est un titre de courtoisie traditionnel employé pour s’adresser à un cardinal ou parler de lui dans un contexte formel. Il ne décrit pas une doctrine particulière et ne signifie pas que le cardinal possède une dignité sacramentelle supérieure. Dans les échanges ordinaires, on peut simplement dire « le cardinal » suivi de son nom, selon les usages du pays et de l’Église locale.











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