Bible des Septante : histoire, contenu et importance

Bible des Septante : histoire, contenu et importance

Lorsque vous lisez une Bible en français, vous vous demandez peut-être pourquoi certaines notes mentionnent la Septante, parfois abrégée « LXX ». Ce nom désigne une ancienne traduction grecque des Écritures d’Israël, réalisée progressivement à partir du IIIe siècle avant notre ère. Elle a profondément marqué le judaïsme de langue grecque, puis la lecture chrétienne de la Bible.

La Bible des Septante n’est donc pas une Bible écrite directement en grec à une seule époque. Elle est le résultat d’un travail de traduction et de transmission étalé sur plusieurs siècles. Pour la comprendre, il faut distinguer son origine, les livres qu’elle contient, son rapport aux textes hébreux et l’usage que les communautés chrétiennes en ont fait.

Pourquoi la Bible des Septante a-t-elle été traduite en grec ?

À partir de l’époque hellénistique, le grec devient une langue largement utilisée autour de la Méditerranée orientale. De nombreux Juifs vivent alors dans des villes où l’hébreu biblique n’est plus la langue quotidienne. À Alexandrie, en Égypte, une importante communauté juive lit, échange et prie en grec. Une traduction des Écritures devient progressivement nécessaire pour transmettre les textes sacrés à ces lecteurs.

La Septante répond d’abord à un besoin concret : rendre accessibles les traditions d’Israël à des personnes qui ne comprennent pas suffisamment l’hébreu. Cette démarche ne signifie pas que l’hébreu perd toute valeur religieuse. Il reste la langue des textes de référence pour de nombreux groupes, tandis que le grec devient un moyen essentiel de lecture et d’enseignement.

La tradition raconte que soixante-douze sages, six par tribu d’Israël, auraient traduit la Loi à Alexandrie. Le chiffre a ensuite été arrondi à soixante-dix, ce qui explique le nom latin Septuaginta, « soixante-dix », et le sigle LXX. Ce récit apparaît surtout dans la Lettre d’Aristée, une œuvre ancienne qui présente la traduction de la Loi comme un projet soutenu par le roi Ptolémée II.

Cette histoire a une forte valeur symbolique, mais elle ne permet pas de reconstituer exactement les circonstances de la traduction. Les chercheurs considèrent généralement que le Pentateuque, c’est-à-dire les cinq premiers livres, a été traduit en premier, probablement au IIIe siècle avant notre ère. Les autres livres ont été traduits plus tard, par des traducteurs différents et avec des méthodes variables.

À retenir : la Septante n’est pas le travail simultané de soixante-dix personnes sur l’ensemble de la Bible. Il s’agit d’une collection de traductions grecques produites progressivement, dans des milieux et à des périodes différents.

Les traducteurs ne suivaient pas tous la même stratégie. Certains cherchaient à rester proches de la syntaxe hébraïque, au risque de produire un grec parfois surprenant. D’autres privilégiaient une formulation plus naturelle pour leurs lecteurs. Cette diversité explique pourquoi le grec de la Septante varie beaucoup d’un livre à l’autre.

Quels livres trouve-t-on dans la Bible des Septante ?

La première partie traduite est la Torah, appelée aussi Pentateuque : Genèse, Exode, Lévitique, Nombres et Deutéronome. D’autres traductions suivent, notamment pour les livres historiques, poétiques et prophétiques. L’ordre et la présentation peuvent différer de ceux d’une Bible hébraïque ou d’une Bible protestante moderne.

Des manuscrits grecs anciens transmettent également des ouvrages qui ne figurent pas dans le canon hébraïque rabbinique tel qu’il s’est fixé progressivement. Les Bibles catholiques les appellent généralement livres deutérocanoniques. On y trouve notamment Tobie, Judith, la Sagesse, le Siracide, Baruch, ainsi que les deux livres des Maccabées. Certaines traditions grecques ou orientales transmettent encore d’autres textes avec un statut variable.

Il faut éviter de parler d’une table des matières unique et immuable de « la Septante ». Les manuscrits conservés ne contiennent pas tous les mêmes livres, et leur ordre peut changer. La Septante désigne d’abord un ensemble textuel grec, non une édition imprimée déterminée comparable à une Bible moderne que l’on pourrait ouvrir à une page identique dans chaque exemplaire.

Cette différence explique les divergences entre confessions chrétiennes. Les Églises catholiques, orthodoxes et protestantes n’ont pas exactement la même liste de livres bibliques ni la même manière de classer certains écrits. Dans les traditions orthodoxes, l’héritage grec de la Septante conserve une place particulièrement importante, même si les usages peuvent varier selon les Églises.

La question du canon doit aussi être replacée dans son contexte historique. À l’époque où les premières traductions grecques circulent, les frontières entre collections reconnues, livres lus dans les assemblées et œuvres conservées dans les bibliothèques ne sont pas toujours identiques à celles des Bibles actuelles. La notion de canon biblique s’est développée sur une longue période.

  • Le Pentateuque est la partie grecque la plus ancienne et la plus homogène.
  • Les livres historiques présentent souvent des différences de longueur, d’ordre ou de formulation selon les traditions manuscrites.
  • Les livres poétiques et sapientiaux ont parfois été traduits dans un grec plus littéraire.
  • Les livres deutérocanoniques ont été conservés en grec et reçus de manière différente selon les communautés.

Pour lire la Septante avec précision, il est donc utile de vérifier de quelle édition ou de quelle tradition il est question. Une Bible catholique en français, une édition orthodoxe grecque et une édition critique destinée aux chercheurs ne présenteront pas nécessairement le même contenu ni la même organisation.

Quelle relation existe entre la Septante et la Bible hébraïque ?

La Septante est souvent appelée « traduction de l’Ancien Testament », mais cette formule peut simplifier une réalité plus complexe. Les traducteurs grecs n’ont pas toujours travaillé à partir d’un texte hébreu identique à celui qui a été transmis plus tard dans le texte massorétique. Dans plusieurs passages, la Septante semble refléter une forme hébraïque différente, aujourd’hui perdue ou attestée par d’autres témoins anciens.

Une traduction peut aussi modifier l’ordre des mots, préciser une expression ambiguë ou interpréter un terme difficile. Une différence entre la Septante et une Bible hébraïque ne prouve donc pas automatiquement une erreur de traduction. Elle peut provenir d’un manuscrit hébreu différent, d’un choix interprétatif ou d’une évolution du vocabulaire.

Les manuscrits de la mer Morte ont confirmé que le texte biblique circulait sous plusieurs formes dans l’Antiquité. Certains fragments hébreux se rapprochent du texte massorétique, tandis que d’autres présentent des formulations qui ressemblent davantage à des passages de la Septante. Cette diversité aide à comprendre pourquoi certaines variantes grecques ne peuvent pas être expliquées par le seul travail du traducteur.

Le livre de Jérémie fournit un exemple célèbre de différence de structure. Dans la Septante, le texte est sensiblement plus court que dans la forme hébraïque massorétique et certains oracles n’apparaissent pas dans le même ordre. Le livre de Samuel présente lui aussi des variantes importantes. Ces écarts intéressent les spécialistes parce qu’ils permettent de comparer plusieurs étapes de la transmission du texte biblique.

Le terme hébreu alma dans Isaïe 7,14 constitue un autre exemple souvent discuté. La Septante le rend par un mot grec qui peut désigner une jeune femme ou une vierge selon le contexte et l’usage. L’évangile selon Matthieu reprend la formulation grecque dans son interprétation de la naissance de Jésus. Cet exemple montre comment une traduction ancienne a pu influencer la lecture chrétienne d’un passage prophétique.

Il ne faut toutefois pas réduire la Septante à une simple collection de « variantes ». Pour les communautés qui la lisaient, elle était une Écriture en grec, utilisée pour prier, enseigner et réfléchir à la foi. Elle possède une histoire propre, avec ses choix de vocabulaire, ses tournures et ses interprétations. La comparer à l’hébreu permet de mieux comprendre les deux textes, sans traiter automatiquement l’un comme la copie défectueuse de l’autre.

Conseil de lecture : lorsqu’une note signale une différence entre la Septante et le texte hébreu, regardez le passage dans son ensemble. La variante peut concerner un mot, une phrase, un ordre de chapitres ou la forme même du manuscrit utilisé.

Scribe comparant des manuscrits grecs et hébreux dans une bibliothèque antique

Quel rôle la Septante joue-t-elle dans le Nouveau Testament ?

Les premiers chrétiens vivent dans un environnement où le grec est largement employé. Les écrits du Nouveau Testament sont eux-mêmes rédigés en grec, et leurs auteurs citent fréquemment les Écritures dans une formulation proche de la Septante. Les citations ne sont pas toujours identiques mot pour mot à une édition moderne, car les auteurs pouvaient adapter une citation à leur argument ou utiliser une forme grecque déjà connue de leur communauté.

Les évangiles, les lettres de Paul et l’épître aux Hébreux témoignent de cette familiarité avec les textes grecs. Dans plusieurs passages, la formulation du Nouveau Testament s’accorde davantage avec la Septante qu’avec le texte hébreu massorétique. Cela ne signifie pas que les auteurs ignoraient l’hébreu. Cela montre surtout que la Bible grecque était une référence scripturaire majeure dans les communautés chrétiennes de langue grecque.

Les Actes des Apôtres présentent Étienne et Philippe dans des contextes où les Écritures sont expliquées à des auditeurs variés. Le récit de Philippe et de l’eunuque éthiopien, en Actes 8, met en scène une lecture du livre d’Isaïe dans un contexte grec. La référence n’est pas un traité sur la Septante, mais elle rappelle la circulation concrète des textes bibliques dans le monde méditerranéen.

Certains termes théologiques chrétiens ont aussi été façonnés par le vocabulaire grec de la Septante. Le mot grec kyrios, souvent traduit par « Seigneur », rend fréquemment le nom divin dans la tradition grecque. Le terme ekklêsia, qui peut désigner une assemblée, devient central dans le langage chrétien. Ces mots ne suffisent pas à eux seuls pour établir une doctrine, mais ils constituent le cadre linguistique dans lequel les premiers chrétiens lisent les Écritures.

La Septante a également influencé les auteurs chrétiens anciens. Les Pères de l’Église la citent dans leurs commentaires, leurs homélies et leurs débats théologiques. Avant la généralisation des traductions latines fondées sur l’hébreu, les chrétiens d’Occident et d’Orient utilisaient largement des textes grecs ou des traductions qui en dérivaient.

Cette influence explique certaines différences entre les citations bibliques anciennes et les traductions françaises actuelles. Une citation du Nouveau Testament peut paraître éloignée d’une version française de l’Ancien Testament parce que les traducteurs modernes ont choisi de suivre le texte hébreu, le texte grec, ou une combinaison des deux selon les éditions.

Pour une lecture chrétienne, la Septante aide donc à observer comment les premières communautés ont reçu les Écritures. Elle ne remplace pas automatiquement l’étude des langues bibliques, mais elle donne accès à une tradition textuelle qui a directement nourri la prédication et la théologie des premiers siècles.

Comment lire la Bible des Septante aujourd’hui ?

La première précaution consiste à identifier l’objectif de votre lecture. Si vous cherchez le texte liturgique utilisé dans une Église particulière, choisissez une édition correspondant à cette tradition. Si vous étudiez l’histoire du texte, préférez une édition accompagnée de notes sur les variantes, les manuscrits et les choix de traduction.

Une Bible française qui contient les livres deutérocanoniques n’est pas nécessairement une traduction complète de la Septante. Elle peut traduire ces livres à partir de plusieurs langues ou suivre une tradition éditoriale propre. Pour savoir ce que vous lisez, vérifiez la préface, les notes et les indications concernant le texte de base.

Les éditions grecques destinées aux lecteurs non spécialistes ne répondent pas toutes au même besoin. Certaines proposent un texte grec établi à partir de manuscrits importants, avec peu de commentaires. Les éditions critiques indiquent les variantes et utilisent des signes ou des abréviations qui demandent un apprentissage. Une traduction française en regard du grec peut être plus accessible pour commencer.

La lecture de la Septante gagne à être comparée avec plusieurs témoins, mais sans transformer chaque différence en problème doctrinal. Vous pouvez commencer par un livre dont la traduction grecque est particulièrement étudiée, comme la Genèse, les Psaumes, Isaïe ou les Proverbes. Les Psaumes occupent une place importante dans la prière chrétienne et ont une longue histoire de transmission grecque.

Voici une méthode simple pour examiner un passage :

  1. Lisez le contexte avant et après la phrase qui vous intéresse, car une variante isolée peut être trompeuse.
  2. Repérez la version utilisée : traduction française du texte hébreu, traduction de la Septante ou édition fondée sur plusieurs témoins.
  3. Comparez les notes pour savoir si la différence concerne le vocabulaire, la longueur, l’ordre du texte ou un manuscrit particulier.
  4. Observez le grec sans le surinterpréter : un même mot peut avoir plusieurs sens selon le contexte.
  5. Consultez une introduction spécialisée si la variante touche une question historique ou théologique importante.

Les noms de certains livres changent également selon les traditions. Le livre grec appelé « 1 Maccabées » n’est pas toujours classé au même endroit. Les titres des livres des Règnes correspondent souvent aux livres de Samuel et des Rois dans d’autres Bibles. Cette différence de classement peut dérouter lors d’une recherche, mais elle se résout facilement avec une table de correspondance.

La numérotation des Psaumes mérite une attention particulière. La tradition grecque ne divise pas toujours les psaumes comme la tradition hébraïque et les Bibles françaises modernes. Un même psaume peut donc porter deux numéros différents selon l’édition. Lorsque vous recherchez une référence liturgique ou un commentaire ancien, vérifiez toujours la numérotation indiquée.

La Septante peut enfin être lue comme un témoignage de la manière dont des Juifs de l’Antiquité comprenaient leurs propres Écritures en grec. Ses traducteurs ne faisaient pas que remplacer des mots hébreux par des mots grecs. Ils transmettaient des images, des institutions, des prières et des récits à un public placé dans un contexte culturel différent.

Cette perspective rend la Septante précieuse pour l’étude biblique et la foi chrétienne. Elle éclaire les citations du Nouveau Testament, les commentaires des premiers siècles et certaines formulations de la liturgie. Elle rappelle aussi qu’un texte biblique nous parvient à travers des langues, des manuscrits et des communautés de lecteurs.

Pour éviter les confusions, retenez quelques repères pratiques :

  • La Septante est une collection ancienne de traductions grecques, et non une traduction unique achevée en une seule fois.
  • Son contenu varie selon les manuscrits et les traditions ecclésiales.
  • Elle peut refléter un texte hébreu différent de celui du texte massorétique.
  • Elle a fortement influencé les citations et le vocabulaire du Nouveau Testament.
  • Une Bible française contenant des livres deutérocanoniques n’est pas automatiquement une édition de la Septante.

Lire la Bible des Septante demande donc à la fois curiosité et prudence. Elle ne constitue pas une curiosité marginale de l’histoire biblique : elle est l’un des grands témoins de la transmission des Écritures et l’une des sources majeures de la culture biblique chrétienne.

Questions fréquentes

Le mot « Septante » désigne-t-il une Bible réservée aux orthodoxes ?

Non. La Septante appartient à l’histoire commune du judaïsme ancien et du christianisme. Elle est particulièrement importante dans les Églises orthodoxes, mais elle intéresse aussi les traditions catholique et protestante, les spécialistes du judaïsme et toute personne qui étudie les citations bibliques anciennes. Son influence dépasse largement les frontières confessionnelles actuelles.

Peut-on apprendre le grec biblique uniquement avec la Septante ?

La Septante constitue un excellent corpus pour découvrir le grec biblique, mais elle ne suffit pas à elle seule. Son vocabulaire et sa syntaxe varient selon les livres, et le grec du Nouveau Testament présente ses propres usages. Un apprentissage sérieux associe grammaire, exercices de lecture, lexique et comparaison avec plusieurs passages.

Pourquoi certaines traductions françaises ne suivent-elles pas la Septante ?

Les traducteurs doivent choisir le texte de base correspondant à leur projet éditorial. Beaucoup de traductions françaises de l’Ancien Testament privilégient le texte hébreu massorétique, tout en signalant certaines variantes grecques en note. D’autres éditions tiennent davantage compte de la Septante, surtout pour les livres transmis principalement ou largement en grec.

La Septante est-elle plus ancienne que tous les manuscrits hébreux ?

Les premières traductions grecques sont anciennes, mais les manuscrits conservés ne correspondent pas toujours à la date de traduction. Des manuscrits hébreux très anciens ont également été retrouvés, notamment parmi les manuscrits de la mer Morte. Il faut donc comparer les dates des textes originaux, des copies et des fragments plutôt que d’opposer simplement grec et hébreu.

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